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À retenir
- Retard et estime : Être en retard peut cacher un besoin de se faire désirer ou de dominer l’autre, typique des personnalités narcissiques.
- Urgence créative : Certains retardataires ne fonctionnent que sous pression, leur créativité s’emballe au dernier moment.
- Procrastination anxieuse : Le retard chronique peut aussi traduire une peur de choisir, voire un trouble obsessionnel nécessitant une aide.
Vous connaissez quelqu’un qui est toujours en retard ? Peut-être même que vous êtes ce quelqu’un. Ce n’est pas toujours une simple question de mauvaise organisation ou de manque de respect. Derrière ce comportement se cachent souvent des motivations psychologiques bien plus profondes. En tant que psychologue, j’ai vu des patients perdre leur emploi, leur couple, leur sérénité à cause de ce « petit » défaut. Mais bonne nouvelle : une fois qu’on met des mots sur ces mécanismes, on peut commencer à les dénouer. Je vous emmène dans les coulisses du retard chronique.
Le retard narcissique : l’art de se faire désirer
Certaines personnes arrivent en retard parce qu’elles ont un besoin viscéral d’être le centre de l’attention. Je pense à Catherine, qui passait des heures à se préparer, persuadée que « pour être belle, il faut du temps ». En réalité, ce qu’elle cherchait, c’était créer un effet de surprise et d’attente. Le retard devient une mise en scène : plus on attend, plus on désire. C’est typique des personnalités narcissiques, qui ont un vrai talent pour se mettre en valeur… et pour faire culpabiliser les autres quand ils osent se plaindre.
Cette catégorie inclut aussi les créatifs qui ne fonctionnent que dans l’urgence. Alain, illustrateur, me disait : « Pour être créatif, j’ai besoin d’être à la bourre. » Le stress de la deadline devient un moteur, un état d’ivresse où tout devient possible. Mais ce n’est pas une fatalité : en apprenant à identifier ce besoin de pression, on peut trouver d’autres sources de motivation.
Le retard de pouvoir : quand l’ego s’invite
Autre profil bien connu : celui qui arrive en retard pour affirmer sa supériorité. C’est le médecin qui fait poireauter ses patients dans la salle d’attente, l’avocat qui repousse sans cesse ses rendez-vous, la diva qui entre en scène après tout le monde. Faire attendre, c’est une manière de dire « je suis plus important que vous ». C’est une prérogative du pouvoir, comme le disait Roland Barthes. Ces retardataires-là ne supportent jamais d’attendre eux-mêmes.
Le retard anal : un héritage de l’enfance
Moins connu, mais tout aussi fréquent : le retard lié à ce que Freud appelait la « phase anale ». Certains enfants, lorsqu’on les met sur le pot, refusent de faire leurs besoins pour garder le contrôle et le plaisir. Adultes, ils peuvent reproduire ce schéma : ils arrivent en retard, ou au contraire sont d’une ponctualité maniaque pour se défendre contre cette tendance. Ces personnes ont souvent du mal à « lâcher » leur argent, leurs émotions, leurs habitudes. Si vous vous reconnaissez, sachez qu’il est possible de travailler sur cette rigidité avec des exercices progressifs.
Le retard procrastinateur : la peur de choisir
Enfin, le profil le plus lourd : le procrastinateur chronique. Ce n’est pas juste « j’aime bien remettre à demain », c’est une incapacité à trancher, à prendre une décision. Sophie a redoublé son bac parce qu’elle n’arrivait pas à se lever le matin. Pierre a repoussé son mariage pendant des années, plongeant Julie dans la dépression. La procrastination est souvent liée à une peur des responsabilités et à un conflit intérieur entre deux envies contradictoires. C’est épuisant pour la personne elle-même, et pour son entourage.
Comment sortir du cercle vicieux du retard
Si vous êtes du côté de ceux qui attendent, posez-vous cette question : est-ce que cette personne agit de la même façon avec ses amis, son patron, sa famille ? Si ce n’est pas un problème général, alors peut-être que vous êtes une cible particulière. Osez fixer des limites : une fois, c’est une blague ; deux fois, on en parle ; trois fois, on passe à autre chose.
Si vous êtes le retardataire, commencez par mettre des mots sur vos retards. Dans quelles circonstances arrivez-vous en retard ? Qu’est-ce que vous ressentez quand vous faites attendre les autres ? Que voulez-vous provoquer chez eux ? Ces questions, sans jugement, peuvent déjà vous éclairer.
Pour les cas les plus lourds (rupture amoureuse, perte d’emploi), je recommande de consulter un psychothérapeute. Les personnalités narcissiques bénéficient souvent d’une psychanalyse longue, qui remonte aux causes inconscientes. Les procrastinateurs, eux, peuvent tirer profit d’une thérapie cognitive plus courte, centrée sur les comportements. L’essentiel, c’est de ne pas rester seul avec ce poids.
Et rappelez-vous : la ponctualité n’est pas une valeur absolue. Dans certaines cultures, arriver à l’heure est même impoli. Mais quand le retard devient un piège qui gâche votre vie ou celle de vos proches, il est temps d’agir.

