Encoprésie : comprendre les causes et agir avec bienveillance

L'encoprésie touche l'enfant au-delà de 4 ans. Découvrez les causes, les signes et des pistes concrètes pour y faire face sans culpabilité.

Temps de lecture : 6 min

Points clés à retenir

  • Encoprésie : émission involontaire de selles dans les sous-vêtements après 4 ans, souvent liée à une constipation chronique ou à un blocage psychologique.
  • Pas de punition : ni sévérité, ni récompense ne fonctionnent ; l’approche bienveillante et médicale est la clé.
  • Consulter un professionnel : pédiatre, gastro-entérologue ou pédopsychiatre selon l’origine du trouble.

Qu’est-ce que l’encoprésie ?

L’encoprésie, parfois appelée incontinence fécale chez l’enfant, se caractérise par l’émission répétée et involontaire de selles dans les sous-vêtements ou à des endroits inhabituels (sur le sol, dans un coin…). Ce trouble survient généralement après l’âge de 4 ans, alors que l’enfant maîtrise normalement la propreté. Il touche aussi parfois l’adulte, mais nous parlerons ici principalement de l’enfant.

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, il ne s’agit pas d’un caprice ni d’un refus d’aller aux toilettes. L’encoprésie est un trouble complexe, mêlant des mécanismes physiologiques (souvent une constipation sévère) et psychologiques (stress, anxiété, difficultés relationnelles).

Les causes de l’encoprésie : physiologiques et psychologiques

1. La constipation chronique, cause principale

Dans la grande majorité des cas, l’encoprésie est liée à une constipation ancienne et non traitée. Les selles s’accumulent dans le côlon, deviennent dures et douloureuses à évacuer. L’enfant retient alors ses selles par peur de la douleur, ce qui aggrave la situation. Une partie de selles semi-liquides finit par contourner le blocage ou une petite quantité de selles molles suinte autour du bouchon dur, à l’insu de l’enfant. C’est ce que l’on appelle l’encoprésie de rétention.

2. Les facteurs psychologiques

Un événement stressant (arrivée d’un petit frère, séparation des parents, déménagement, difficultés scolaires) peut déclencher ou entretenir l’encoprésie. L’enfant utilise alors inconsciemment ce symptôme pour exprimer une émotion qu’il ne parvient pas à verbaliser. L’encoprésie est l’expression d’une difficulté, et c’est ce que le pédopsychiatre va chercher à comprendre.

Parfois, il n’y a pas de cause unique : le corps et le psychisme s’emballent ensemble. Une constipation banale peut devenir chronique à cause de l’anxiété, et l’anxiété s’amplifie à cause de la constipation. Heureusement, on peut agir sur ces deux plans.

Encoprésie : quels sont les symptômes ?

Outre l’émission de selles involontaires, d’autres signes peuvent alerter :

  • Constipation ancienne (selles rares, dures, douloureuses)
  • Douleurs abdominales ou ballonnements
  • Manque d’appétit
  • Refus d’aller à la selle ou de s’asseoir sur les toilettes
  • Évitement des activités où il pourrait se faire surprendre (sorties, écoles)
  • Culpabilité, honte, isolement social

L’encoprésie peut aussi être “non rétentionnelle”, c’est-à-dire sans constipation préalable. Dans ce cas, les selles sont normales, mais l’enfant les émet dans ses sous-vêtements par difficulté à reconnaître ou à agir sur le besoin. Cela relève davantage d’un trouble du comportement ou d’un trouble de l’attachement.

Comment diagnostique-t-on l’encoprésie ?

Le diagnostic est posé par un médecin (pédiatre, généraliste, gastro-entérologue) après interrogatoire et examen clinique. L’objectif est d’abord d’identifier une éventuelle cause organique (constipation, malformation, maladie de Hirschsprung…). Le diagnostic repose sur des critères précis :

  • Émission involontaire et répétée de selles dans les sous-vêtements
  • Au moins une fois par mois pendant au moins trois mois
  • Âge chronologique ou développemental d’au moins 4 ans
  • Absence d’une maladie médicale autre que la constipation

Si le médecin suspecte une cause psychologique, il pourra orienter vers un psychologue ou un pédopsychiatre. Une collaboration entre le spécialiste du corps et celui de la psyché est souvent la plus efficace.

Traitement de l’encoprésie : une prise en charge globale

Le traitement de l’encoprésie repose sur trois axes principaux : médical, psychologique et comportemental. Il n’y a pas de solution miracle, mais une approche patiente et structurée porte ses fruits dans la quasi-totalité des cas.

1. Le traitement médical

Lorsqu’une constipation est en cause, on commence par “vider” le côlon à l’aide de laxatifs doux (macrogol, par exemple), toujours sous contrôle médical. Ensuite, on instaure un traitement d’entretien pour que les selles restent molles et indolores. Ce traitement peut durer plusieurs mois. L’enfant doit apprendre à associer la selle à une sensation neutre ou agréable, et non douloureuse.

2. La prise en charge psychologique

L’accompagnement psychologique, que ce soit via un psychologue, un pédopsychiatre ou un psychothérapeute, va aider l’enfant (et ses parents) à dénouer les fils émotionnels emmêlés. Les outils sont variés : jeux, dessins, récits métaphoriques, travail sur l’anxiété. On n’oblige jamais l’enfant à parler s’il n’est pas prêt. Le simple fait d’avoir un espace neutre et bienveillant libère souvent la parole.

Les parents, eux, reçoivent des conseils pour éviter les pièges classiques : punition, culpabilisation, chantage. La sévérité, les prières ou les récompenses sont sans effets positifs sur l’encoprésie.

3. Les conseils concrets pour les parents

  • Ne pas punir les “accidents”. L’involontaire ne se punit pas.
  • Restez calme pendant le nettoyage : un ton neutre et des gestes pratiques, c’est tout.
  • Instaurez un rituel de passage aux toilettes, à heures fixes (après les repas), sans pression.
  • Favorisez une alimentation riche en fibres (fruits, légumes, céréales complètes) et hydratez bien l’enfant.
  • Ne parlez pas de ses “accidents” devant les autres : honte et dignité de l’enfant d’abord.
  • Valorisez les petites victoires : un essai sur les toilettes, une journée sans “accident”… mais sans récompense matérielle, juste une reconnaissance sincère.

L’encoprésie se résout le plus souvent en quelques mois, mais il faut parfois compter un an ou plus. La patience et la douceur sont vos meilleures alliées.

Quand consulter pour une encoprésie ?

Consultez dès que vous observez des émissions involontaires de selles chez un enfant de plus de 4 ans, ou si la constipation s’installe malgré des mesures simples. Un avis médical permet d’écarter des causes rares mais sérieuses et de débuter le traitement adapté. Plus tôt on agit, plus la guérison est rapide.

Si votre enfant semble très anxieux, triste, ou que la situation affecte son quotidien, un rendez-vous avec un psychologue pourra l’aider, même en parallèle du suivi médical.

Prendre soin de l’enfant, pas seulement de son propre

Ce que j’aimerais vous transmettre en tant qu’ancienne psychologue, c’est que l’encoprésie n’est ni une maladie honteuse, ni la faute de l’enfant, ni celle de ses parents. C’est un symptôme, un signal d’appel qui mérite de l’attention, de la douceur et un peu de méthode. Votre enfant a besoin que vous soyez son port d’attache, pas son juge.

N’hésitez pas à en parler à votre médecin traitant ou à contacter un psychologue spécialisé en pédopsychiatrie. Si vous avez un doute sur la prise en charge, un réseau de soin coordonné (pédiatre + psychologue) fera des merveilles. En 2026, nous savons que les troubles du contrôle sphinctérien se soignent très bien quand on les aborde avec compétence et bienveillance.

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