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Points clés à retenir
- Masochisme quotidien : il ne s’agit pas forcément de sexualité, mais d’une tendance à rechercher ou accepter la souffrance psychologique par habitude ou croyance inconsciente.
- Origines souvent anciennes : les schémas masochistes se construisent souvent dans l’enfance, comme stratégie d’adaptation à des environnements rigides ou carencés.
- On peut en sortir : en prenant conscience du cycle, en travaillant l’estime de soi et en apprenant à dire non, il est possible de réduire ces comportements pas à pas.
Qu’est-ce que le masochisme ? Définition simple
Quand j’entends le mot « masochiste », je vois souvent des regards gênés ou des sourires en coin. On pense direct à des pratiques sexuelles extrêmes, mais dans mon cabinet, c’est tout autre chose que je rencontre tous les jours.
Le masochisme, dans son sens courant, c’est le fait de rechercher ou d’accepter la souffrance, qu’elle soit physique ou psychologique, et d’y trouver une forme de satisfaction. Attention, pas de plaisir conscient hein – souvent c’est juste un schéma répétitif qui nous pousse à reproduire des situations douloureuses sans comprendre pourquoi.
En psychologie, on distingue un masochisme dit « primaire » : un mécanisme inconscient, une pulsion de vie mal dirigée. Et un masochisme « secondaire », plus visible : la personne se met en échec, choisit des partenaires toxiques, ou accepte l’inacceptable. C’est ce dernier que je vois le plus en consultation.
Les signes qu’on est face à un comportement masochiste
Voici les indices que j’ai appris à repérer, chez mes patients et… dans mon propre miroir à une époque.
- Vous vous sabotez régulièrement : réussite professionnelle suivie d’une gaffe, relation qui marche bien et vous la fuyez. Comme une main invisible qui gâche tout.
- Vous attirez ou restez avec des personnes qui vous rabaissent : critiques, humiliations, mépris… et vous vous dites que « c’est de ma faute ».
- Vous avez du mal à dire non : même quand l’autre abuse, vous cédez pour éviter le conflit, au détriment de votre bien-être.
- Un sentiment de culpabilité dès que vous allez bien : le bonheur vous semble interdit, vous attendez la chute.
- Vous minimisez vos souffrances : « oh ce n’est rien, d’autres vivent pire ». C’est un masque masochiste classique.
Si vous en reconnaissez plusieurs, respirez. Ce n’est pas un diagnostic gravé dans le marbre.
D’où vient ce besoin inconscient de souffrir ?
Au début de ma pratique, j’étais fascinée par ce paradoxe : pourquoi des gens intelligents, sensibles, répètent-ils sans cesse les mêmes scénarios douloureux ?
Les racines sont souvent dans l’enfance. Quand on grandit dans un environnement où l’amour est conditionnel – « je t’aime si tu travailles bien, si tu es sage » – on intègre très tôt que la souffrance est un passage obligé pour être aimé. L’enfant apprend à se taire, à encaisser, à se sacrifier. C’est comme un logiciel qui tourne en fond.
Ensuite, ce pattern se généralise : à l’école on choisit les copains qui nous rejettent, au boulot on accepte les missions ingrates, en couple on attire celui ou celle qui nous fait mal. Le cerveau aime la répétition, même quand elle est toxique : c’est prévisible, rassurant.
Il ne s’agit donc pas de « perversité » ni de « faiblesse » – c’est une stratégie de survie qui est devenue automatique. Et la bonne nouvelle, c’est qu’un automatisme peut se déconstruire.
Masochisme et douleur chronique : le lien méconnu
C’est un sujet délicat mais tellement important. J’ai accompagné plusieurs personnes souffrant de douleurs physiques persistantes (fibromyalgie, migraines, etc.) et j’ai souvent retrouvé des traits masochistes dans leur histoire.
Quelques chercheurs en psychosomatique expliquent que le masochisme peut jouer un rôle dans « l’aménagement de la douleur » – une façon pour le psychisme de donner un sens au corps qui souffre, de maintenir une unité entre mental et physique. Bien sûr, cela ne signifie pas que la douleur est « dans votre tête » (ce serait cruel de le dire), mais plutôt que les schémas émotionnels peuvent amplifier ou entretenir certaines sensations.
Si vous vivez avec une douleur chronique, interrogez-vous en douceur : est-ce que vous avez appris à endurer sans jamais demander d’aide ? Est-ce que la souffrance est devenue une compagne familière ? Honnêtement, c’est une piste qui mérite d’être explorée avec un professionnel.
Comment sortir des schémas masochistes ? Mes pistes concrètes
Je vais être honnête avec vous : il n’y a pas de baguette magique. Mais il existe des leviers puissants si on les actionne jour après jour.
1. Prendre conscience sans se juger
La première étape, c’est de nommer le schéma. Pas de « je suis nul(le) » – plutôt : « j’ai un pattern masochiste qui m’a aidée à survivre, mais aujourd’hui il n’a plus de raison d’être. » Simple reconnaissance sans culpabilité. Ça change tout.
2. Travailler le droit à l’erreur et à la vulnérabilité
Les masochistes sont souvent perfectionnistes. L’enjeu, c’est d’accepter qu’on puisse rater sans se punir. Essayez demain : laissez une tâche inachevée sans vous flageller. Observez ce que ça fait dans votre corps.
3. Dire non à p’tit feu
Un non poli au collègue qui vous refile son rapport. Un non doux au partenaire qui dépasse une limite. Pas de grand discours, juste : « non, je ne peux pas. » Le « non » est un muscle, il se renforce à l’usage.
4. Reconnecter le plaisir d’exister
Le masochisme bride souvent la capacité à recevoir du plaisir sain. Planifiez une activité qui vous fait du bien sans qu’elle soit « méritée » : un bain chaud, une balade, une musique. Sans condition.
5. Accueillir l’aide d’un professionnel
Si le schéma est profond, ne restez pas seul(e). Une thérapie (psychodynamique, TCC, EMDR) peut défaire les nœuds en quelques mois. Ce n’est pas un signe de faiblesse, c’est un acte de courage et de lucidité.
Masochiste : un mot lourd mais pas définitif
Depuis que je partage ces réflexions, je reçois des messages comme « je me sens moins folle » ou « je ne savais pas que ça avait un nom ». C’est pour ça que j’écris.
Le masochisme n’est pas une condamnation à vie. C’est le nom d’un schéma, et les schémas se réécrivent. Avec conscience, douceur et persévérance, vous pouvez sortir de ces boucles et apprendre à vivre sans souffrance obligatoire.
Comme je le dis à mes patients : vous méritez une vie où l’amour et le plaisir n’ont pas besoin d’être douloureux. Prenez soin de vous.

